Un salarié en arrêt maladie est exclu du télétravail, peu importe son envie de reprendre la main depuis son salon. Il n’existe aucune obligation pour un employeur d’accepter toutes les requêtes, y compris en période de chaos comme une grève des transports. Le télétravail ne s’obtient pas sur simple demande : la loi impose des garde-fous et exige que chaque refus soit étayé, argumenté, et fondé sur des éléments concrets.
Pour certains salariés, la réalité diffère. Apprentis, stagiaires, intérimaires : leur accès au télétravail dépend de leur statut, mais aussi des conventions collectives ou des accords d’entreprise qui s’appliquent. Le paysage reste mouvant, chaque entreprise traçant son propre chemin dans le cadre réglementaire.
Le télétravail en entreprise : panorama du cadre légal actuel
La réforme de 2017 a dessiné de nouvelles lignes directrices pour le télétravail. Désormais, la règle s’établit via un accord collectif ou, si rien n’a été négocié, une charte rédigée par l’employeur après consultation du CSE. Cette charte n’est pas un simple document de façade : elle pose les bases de l’organisation, des conditions d’accès et des modalités d’exercice du télétravail. Quand aucune de ces solutions n’existe, un accord direct, écrit, entre employeur et salarié, ouvre la voie à une flexibilité inédite dans l’organisation du travail.
Le code du travail, notamment l’article L1222-9, ne garantit pas à chaque salarié l’accès au télétravail. L’employeur reste décisionnaire, tenant compte des tâches à effectuer, de la spécificité du poste et de la disponibilité des équipements adaptés. La technologie devient une condition matérielle mais le choix final appartient à l’employeur, dans le respect du cadre légal.
Les circonstances exceptionnelles et la continuité d’activité
Dans certaines situations, la loi permet à l’employeur d’imposer le télétravail pour maintenir l’activité et protéger la santé des salariés. Voici les principaux cas où les règles changent :
- Circonstances exceptionnelles majeures (épidémie, grève d’ampleur) : l’employeur peut imposer le télétravail pour garantir sécurité et continuité.
- En dehors de ces contextes, chaque demande est examinée à l’aune des textes collectifs ou de la charte interne, avec une analyse individualisée.
Avec le télétravail, la frontière entre vie privée et sphère professionnelle s’estompe. Les partenaires sociaux disposent d’une réelle latitude pour ajuster le dispositif aux besoins spécifiques de chaque structure. L’adaptabilité devient la règle, à condition de respecter les garde-fous posés par la loi.
Qui peut bénéficier du télétravail ? Les critères d’éligibilité à connaître
Le télétravail n’est pas réservé à une élite. L’éligibilité se décide à la croisée des intérêts individuels et collectifs. L’activité exercée reste déterminante : difficile d’imaginer un manutentionnaire ou un technicien de maintenance travailler à distance alors que les métiers axés sur la gestion, l’informatique, la rédaction ou l’analyse de dossiers s’adaptent parfaitement à ce dispositif.
L’accord entre salarié et employeur constitue la pierre angulaire du télétravail. La plupart des chartes ou accords listent des critères précis : expérience, autonomie, aisance avec les outils numériques, respect de la confidentialité. Chaque dossier est étudié à la lumière du poste occupé et des compétences du salarié.
Pour y voir plus clair, voici les principaux critères d’accès les plus fréquemment retenus :
- Le poste doit pouvoir être exercé en dehors des locaux, sans nuire à la qualité du travail ou à la sécurité
- L’accord formalisé entre l’employeur et le salarié, indispensable pour démarrer
- La capacité du salarié à s’organiser et à travailler sans supervision constante
- La mise à disposition des outils et équipements nécessaires pour mener à bien sa mission à distance
L’employeur conserve la possibilité de refuser une demande, à condition de justifier sa décision par des arguments objectifs, en lien avec l’organisation ou les besoins de l’entreprise. La législation protège contre les discriminations et veille à un accès équitable au télétravail pour tous ceux qui y ont droit.
Obligations incontournables de l’employeur face au télétravail
L’essor du télétravail a rebattu les cartes de la relation employeur-salarié. Le cadre légal impose des responsabilités claires, que nul ne peut ignorer.
Premier principe : garantir l’égalité de traitement. Un salarié en télétravail bénéficie des mêmes droits que ses collègues présents sur site, qu’il s’agisse de la formation professionnelle, des avantages sociaux ou du suivi de carrière. La santé du salarié, physique et mentale, doit être surveillée de près : prévenir l’isolement, maintenir les liens avec l’équipe, ajuster la charge de travail. Les ressources humaines doivent proposer un accompagnement adapté, en phase avec les besoins de chacun.
Le droit à la déconnexion est un pilier intangible. Les modalités de suivi du temps de travail et les plages horaires de disponibilité sont fixées en concertation avec les représentants du personnel ou le CSE. Ces règles doivent être notifiées par écrit, dans le contrat ou dans la charte.
Sur le plan concret, l’employeur doit respecter plusieurs obligations précises :
- Mettre à disposition les outils et équipements nécessaires pour travailler à distance
- Établir des règles de contrôle de l’activité, claires et partagées
- Assurer la conformité aux règles de santé et sécurité au travail, même à distance
En cas de rupture du contrat, le recours au télétravail ne peut jamais être invoqué comme motif. La protection du salarié s’étend du début à la fin de la relation contractuelle. Tout manquement sur ces points expose l’employeur à des risques juridiques et à une remise en cause de la confiance collective.
Quels droits et devoirs pour les salariés concernés par le télétravail ?
Le télétravail ouvre de nouveaux droits pour le salarié, mais il implique aussi des responsabilités renforcées. Le contrat de travail de base reste valable, seules les modalités d’exécution changent. Le salarié doit bénéficier d’un accès normal à l’information, aux titres-restaurant, aux dispositifs d’aide sociale, sans différence avec ses collègues au bureau.
La santé continue d’être surveillée, notamment concernant les risques liés à l’isolement ou à la surcharge de travail. L’employeur a l’obligation d’assurer un suivi, d’organiser des points réguliers, et de prévenir les accidents, qui sont tout aussi reconnus si l’incident survient sur le lieu de télétravail.
Côté devoirs, plusieurs obligations s’imposent. Le respect des horaires fixés par l’employeur reste de mise, tout comme la disponibilité durant ces plages. La confidentialité des données traitées à distance doit être assurée : chaque salarié doit protéger les informations sensibles, en suivant les consignes données.
Voici les principaux devoirs à garder en tête :
- Respecter les horaires et les règles internes de l’entreprise
- Utiliser les outils de communication de manière professionnelle
- Signaler immédiatement tout accident du travail à l’employeur
Le télétravail exige une organisation solide, un équilibre subtil entre autonomie et respect des contraintes collectives. C’est tout sauf un mode improvisé : il redéfinit le lien de confiance entre salariés et employeurs, dans une dynamique renouvelée où chaque acteur doit trouver sa juste place.

